Les espèces invasives et envahissantes en Lorraine

par O. PICHARD
mai 2002
m.à j. janvier 2005


 

Introduction

Depuis plusieurs siècles, l'homme favorise les déplacements d'espèces végétales. Ceux-ci sont souvent volontaires dans le domaine alimentaire : la pomme de terre vient de la Cordillère des Andes et la tomate est originaire d'Amérique Centrale. L'horticulture a également engendré de nombreuses introductions volontaires d'espèces afin d'agrémenter parcs et jardins. L'arbre aux papillons (Buddleja davidii) en est un bon exemple. Les déplacements d'espèces peuvent également être involontaires lorsque des éléments végétaux capables de donner de nouveaux individus (le plus souvent des graines) se trouvent inclus dans des marchandises transportées par l'homme. On parle dans ce cas d'anthropochorie.
Pour exemple, c'est le cas du champignon Clathrus archeri (qui s'ouvre en 5 lanières étoilées d'un rouge corail) provenant d'Australie et importé en Europe au cours de la première guerre mondiale (dans le cas d'espèces importées à l'occasion de guerres, on parle également de polémochorie).

Définition

Les espèces invasives peuvent être définies comme étant des espèces exogènes (espèces importées) et dont l'introduction provoque ou est susceptible de provoquer des nuisances à l'environnement ou à la santé humaine. Les espèces dites envahissantes sont celles qui présentent une croissance et une multiplication souvent rapide.

Pour les espèces non exogènes, il est préférable de ne pas utiliser le terme d'invasives (qui est un néologisme ou anglicisme et dont l'utilisation devrait être restreinte aux espèces allochtones). En revanche, le terme "envahissantes" peut être tout à fait approprié et permet de faire la distinction entre les deux catégories.

Réglementation

Bien que les introductions d'espèces animales et végétales soient désormais considérées en France comme la deuxième cause d'appauvrissement de la biodiversité, après la destruction des habitats, il n'existe aucune mesure réglementaire française visant à les limiter. Seuls quelques textes internationaux prennent en considération ce fléau.

La première convention internationale, ratifiée par la France le 20 août 1957, est celle "pour la protection des végétaux" (Convention enregistrée le 29 novembre 1952 auprès du Secrétariat de l'ONU, sous le No. 1963). Cette convention est un traité multilatéral qui "propose d'assurer une action commune et efficace pour empêcher la dissémination et l'introduction d'organismes nuisibles aux végétaux et aux produits végétaux et de promouvoir des mesures en matière de lutte".

On peut également citer la convention internationale de Rio, dite aussi "convention sur la diversité biologique" du 22 mai 1992, ratifiée par la France et entrée en vigueur le 29 septembre 1994. Cette convention prévoit dans son article 8-h que chaque partie contractante "empêche d'introduire, contrôle ou éradique les espèces exotiques qui menacent des écosystèmes, des habitats ou des espèces".

Plus récemment, une conférence internationale a été organisée par l'IUCN le 22 mai 2001 (journée mondiale de la biodiversité). Cette manifestation avait pour but d'attirer l'attention du grand public et des décideurs sur le phénomène des invasions biologiques. D'après l'IUCN, Les espèces exogènes invasives représentent une menace significative pour 361 espèces végétales.

La France semble commencer à prendre très au sérieux le problème des espèces invasives. Le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement a d'ailleurs lancé un appel à proposition de recherche en février 2000 sur les invasions biologiques tant animales que végétales. 14 projets ont d'ores et déjà bénéficié d'un financement. un 2ème appel à proposition de recherche a été lancé fin 2001.

Méthodes de lutte

Les méthodes curatives sont bien souvent dérisoires devant des espèces à forte capacité de multiplication et d'extension. Les herbicides sont parfois efficaces mais utilisés quasi uniquement dans des zones agricoles productives laissant celles qui ne le sont pas et les autres espaces en proie aux espèces invasives. Les moyens de lutte déjà déployés pour lutter contre les espèces invasives entraînent des coûts importants pour la société qui risquent d'augmenter dans les années à venir en raison de l'extension du phénomène.

La méthode préventive est de loin la plus efficace mais elle nécessite une prise de conscience collective. Cette dernière doit de surcroît être orientée vers une stratégie de conservation de la biodiversité et non vers une stratégie commerciale...

Afin de vous permettre d'éviter d'introduire des espèces à caractère invasif, dans votre jardin ou lors d'aménagements paysagers de grande ampleur, voici ci-dessous une liste qui a été dressée par le Conservatoire Botanique de Nancy, d'après les travaux d'Annie ABOUCAYA et Serge MULLER, en vue d'apporter des conseils pour la renaturation du tracé TGV-Est européen.

Cette liste n'est qu'indicative et ne revêt pas de caractère d'interdiction ou d'obligation. Elle se veut simplement être un guide à l'usage du jardinier, paysagiste, aménagiste…

 
Espèces dont l'utilisation peut porter préjudice à la conservation
de la biodiversité en Lorraine
Noms latins
Noms français
Espèces Herbacées :  
Azolla filiculoides Lam. Azolla
Aster squamatus (Spreng.) Hieron. ?
Aster novi-belgii L. Aster de la nouvelle belgique
Aster lanceolatus Willd. Aster lancéolé
Aster tradescentii auct. an L.? Aster lancéolé (espèce très proche de la précédente mais d'origine nord américaine. Certains auteurs ne la distinguent pas de la précédente)
Conyza canadensis (L.) Cronq. Erigéron du Canada ; vergerette du Canada
Erigeron annuus (L.) Pers. Sténactis à feuilles larges
Bidens frondosa L. Bident à fruits noirs
Solidago canadensis L. Solidage du canada
Solidago serotina Ait. = Solidago gigantea Ait. Solidage glabre
Galega officinalis L. Sainfoin d'Espagne ; galega
Impatiens glandulifera Royle Balsamine géante ; Balsamine de l'Himalaya
Impatiens balfouri Hook f. ? (espèce cultivée, subspontanée)
Impatiens capensis Meerb. Balsamine du Cap
Impatiens parviflora DC. Balsamine à petites fleurs
Ludwigia grandiflora (Michaux) Greuter et Burdet Ludwigie à grandes fleurs
Echinochloa crus-galli (L.) Beauv. Pied-de-Coq
Panicum capillare L. Millet capillaire
Fallopia japonica (Houtt.) Ronse Decraene Renouée du Japon
Fallopia sachalinensis (F. Schmidt Petrop.) Ronse Decraene, et hybrides Renouée de Sakhaline
Phytolacca americana L. Phytolaque d'Amérique
Helianthus tuberosus L. Topinambour
Lemna minuta Humb., Bonpl. et Kunt Lentille d'eau minuscule
Lemna turionifera Landolt Lentille à turions
Heracleum mantegazzianum Somm. et Lev. Berce du Caucase
Elodea canadensis Michaux Elodée du Canada
Elodea nuttallii (Planch.) St John Elodée à feuilles étroites
Rudbeckia laciniata L. Rudbeckia lacinié
Bambusa spp toutes les espèces de Bambous
B) Ligneux  
Acer negundo L. Erable négundo
Amorpha fruticosa L. (espèce proche de la glycine)
Buddleja davidii Franch. Arbre aux papillons ; buddléa
Populus X canadensis Moench. (Hybrides du groupe Populus x canadensis) Peuplier du canada
Rhus hirta (L.) Sudworth = Rhus typhina L. Sumac
Mahonia aquifolium (Pursh) Nutt. Mahonia
Symphoricarpos albus (L.) S.F. Blake var. laevigatus (Fernald) S.F. Blake Symphorine
Spiraea X billardii Herincq Spirée de Billard
Spiraea alba Duroi Spirée blanche
Spiraea douglasii Hook. Spirée de Douglas
Salix hybrides (qui n'existent pas en lorraine)  
Parthenocissus inserta (A. Kerner) Fritsch Vigne vierge commune
Cotoneaster horizontalis Decaisne Cotonéaster horizontal
Cotoneaster microphyllus Cotonéaster à petites feuilles
Cotoneaster dammeri ?
Robinia pseudoacacia L. Robinier faux-acacia
   
NB : Le genre Pyracantha doit être à éviter, à cause de la propagation du feu bactérien  
 
Questions fréquemment posées :
Les plantes introduites ne favorisent-elles finalement pas la biodiversité ?

On pourrait penser que l'introduction d'une espèce augmente le niveau de biodiversité. Cela est loin d'être aussi simple...

La biodiversité ne se résume pas à une quantité d'espèces sur un endroit donné. Elle doit être évaluée à différentes échelles géographiques et autant sur le plan qualitatif que quantitatif. En terme de stratégie de conservation de la biodiversité, il est en effet préférable de préserver une espèce rare, adaptée aux conditions stationnelles et géographiques, plutôt que dix très banales.

L'espèce végétale introduite à caractère invasif concurrence souvent à terme plusieurs espèces locales en occupant leur niche écologique, d'où un niveau de biodiversité végétale réduit. Cela entraîne également des répercussions sur la biodiversité faunistique en diminuant la diversité alimentaire et structurale.

Certaines espèces non exogènes sont également envahissantes, ne posent-elles pas également problème ?
Certaines espèces locales sont envahissantes. C'est par exemple le cas du jonc, de la molinie, voire de certaines stellaires. Ces espèces peuvent en effet poser des problèmes de concurrence pour d'autres espèces que l'on souhaite obtenir (c'est le cas en agriculture). Toutefois, ces espèces s'implantent généralement sur des terrains perturbés ou nus (cultures). Elles appartiennent le plus souvent au groupe des espèces pionnières et, contrairement à certaines invasives (exogènes), sont plus ou moins rapidement remplacées par des espèces postpionnières ou nomades (ex le hêtre). Ces espèces font partie du processus naturel d'une stratégie de recolonisation végétale.

Quelques liens internet :

institut français de la biodiversité
http://www.gis-ifb.org/

le site du groupe de spécialistes des plantes invasives :
http://www.issg.org

la liste des 100 espèces invasives les plus nocives au monde :
http://www.issg.org/database/species/search.asp?st=100ss&fr=1&sts=

le dossier des espèces invasives de l'Union mondiale pour la nature
http://www.iucn.org/biodiversityday/

Remerciements :

Je tiens à remercier M. Serge MULLER et Jean-Paul FERRY pour la relecture et leurs remarques au sujet de cet article

Bibliographie :

MULLER S. (2000) - Les espèces végétales invasives en France : bilan des connaissances et propositions d'actions - Rev. Ecol (Terre Vie), Suppl. 7, 2000.